L’avenir de la parapsychologie jusqu’en 2037, vu par les parapsychologues les plus éminents

L’avenir de la parapsychologie jusqu’en 2037, vu par les parapsychologues les plus éminents

Tout frais, et passionnant pour les amateurs du genre ! Pour le 75 ème anniversaire du Journal of Parapsychology, 29 des plus éminents parapsychologues du moment, représentant des disciplines et implantations géographiques variées, 15 aux Etats Unis, 8 en Europe, 3 en Amérique latine, 2 en Australie, donnent leur vision du futur pour la parapsychologie des 25 prochaines années. Entre optimisme et conservatisme, cette édition spéciale de la revue fournit un résumé extraordinaire de l’état de la parapsychologie actuelle, et des états d’âme des parapsychologues les plus actifs. Ils reviennent en particulier sur leurs inquiétudes concernant l’effet expérimentateur et l’effet de déclin, et indiquent leurs solutions. Bref, je vous conseille vraiment l’achat du ce supplément du volume 76 du JP.

Pour les moins anglophones, voici un résumé succinct  des 4 premières interventions… Pour commander la revue,  se rendre sur le site du Rhine Research Center  ou bien adhérer à la Parapsychological Association et consulter la revue en ligne

Pour Eberhard Bauer, historien, philosophe et ancient assistant du professeur Hans Bender, lié à l’Institut für Grenzgebiete der Psychologie und Psychohygiene (IGPP), en Allemagne, il n’y aura guère de changement, les expériences anomales seront toujours présentes, la parapsychologie n’aura pas encore percé en tant que science orthodoxe reconnue, l’intérêt historique pour les mouvements ésotériques ou la recherche psychique, ou les productions artistiques générées par les croyances dans les phénomènes paranormaux sera croissant, et les questions ontologiques toujours soigneusement évitées. Parmi les parapsychologues, la question de savoir si les phénomènes doivent être abordés sous l’angle de la psychologie ou de la physique aura toujours cours, et les parapsychologues se plieront aux méthodes d’investigation et aux discours à la mode dans le monde scientifique du moment. Du côté des espoirs, on peut attendre quelques progrès dans la sophistication technologique des méthodes d’investigation, et une consolidation de la reconnaissance académique de la « psychologie anomalistique » et de la « parapsychologie clinique » destinée à aider et informer les personnes en détresse à la suite d’expériences anomales. Du côté théorique, le vieux modèle du signal de Rhine sera abandonné au profit  d’un modèle de corrélations intriquées et, il faut l’espérer, de celui de la théorie quantique généralisée qui permettra de mieux comprendre l’élusivité du psi. La parapsychologie peut enfin devenir partie intégrante des « sciences de la conscience » et de la « médecine psychosomatique », grâce à des travaux comme ceux de Roemer, Lucadou et Walach.

Julie Beischel, Ph.D. de pharmacologie et toxicologie, spécialiste des recherches empiriques sur les informations rapportées par les mediums, et sur leurs caractéristiques physiologiques, psychologiques, et neurophysiologiques ainsi que sur les implications sociales attachées à leur séances, et membre professionnel de la PA, de la SSE, et du World Institute for Scientific Exploration, basée dans le Colorado, espère que dans 25 ans, la parapsychologues ne se casseront plus la tête avec les problèmes philosophiques, méthodologiques et politiques qui les ont occupés depuis leurs débuts, mais qu’il se focaliseront sur les applications pratiques du psi. La source des problèmes sur l’étude du psi semble insurmontable puisque même dans les expérimentations animales, aucun protocole ne paraît à même de désintriquer expérience et expérimentateur, et que le psi semble de plus non-local et non temporel. Dans ses recherches actuelles avec des médiums, quand des  informations précises, spécifiques et vérifiables sur une personne décédée sont produites et que les sources classiques de transfert d’informations ont été éliminées, deux principales explications demeurent: l’utilisation de  la clairvoyance, la précognition, et / ou la télépathie avec les vivants ou bien l’hypothèse de la survie. Aucune donnée ne permet de faire la distinction entre les deux. Notre incapacité à répondre à la question « De qui vient le psi ? » repousse la question : « Comment le psi marche-t-il ? ». Comme de nombreux phénomènes, le psi continue à exister sans qu’on en connaisse le mécanisme et il semble logique de se concentrer sur l’examen de ses applications pratiques comme l’aide, la consolation, les effets et les limites de nos capacités de guérison naturelle, les effets post-NDE, le développement de l’intuition, et les avantages potentiels thérapeutiques des séances médiumniques dans le traitement de la douleur.

Daryl J. Bem, professeur émérite de psychologie à l’Université Cornell, aux Etats-Unis, a enseigné à l’université de  Stanford et à Harvard. Il a fait des publications importantes sur plusieurs sujets en psychologie, comme la prise de décision, la perception de soi, la théorie de la personnalité, l’orientation sexuelle, et le psi. Il fait partie du CA de la PA et a publié en 2011, dans une revue mainstream, un important article sur des données expérimentales sur des recherches sur la précognition, et indique avoir gardé sa fascination envers les phénomènes psi et de l’optimisme pour la compréhension future d’entre eux et leur acceptation croissante au sein de la science mainstream, même si les parapsychologues risquent en contrepartie perdre la « propriété » des phénomènes eux-mêmes.

Il met l’acceptation croissante des phénomènes psi au sein de la science officielle en parallèle avec  l’acceptation de la perception subliminale au cours des 50 dernières années, qui avait déclenché des tempêtes de critiques méthodologiques et un déni sceptique dans les années 1950 mais est aujourd’hui acceptée et couramment utilisée comme outil d’amorçage et pour d’autres expériences psychologiques. Cette évolution reflète surtout un changement dans le modèle collectif implicite de l’esprit. Dans des domaines comme la psychologie cognitivo-sociale, ou même la neurobiologie et la physique, l’idée de phénomènes psi reproductibles peut maintenant trouver une meilleure écoute, comme le montrent  des rencontres récentes réunissant physiciens et chercheurs psi parrainées par l’AAAS. Bem est cependant moins optimiste sur l’avenir de la parapsychologie en tant que discipline distincte. Aux États-Unis, le manque de soutien institutionnel et gouvernemental devrait se poursuivre, et même si les conditions dans certains pays européens semblent être plus prometteuses, il semble probable que les recherches sur le psi seront menées par des chercheurs rattachés à un domaine mainstream et non à la parapsychologie. Le soutien viendra peut-être d’institutions ayant un intérêt pratique appliqué dans les phénomènes, tels que les établissements médicaux ou la défense. Mais Bem se dit surtout préoccupé par la nature du psi lui-même et le défi de deux caractéristiques potentielles qui continuent d’entraver les  progrès et d’empêcher de produire des effets reproductibles : l’effet de déclin, se manifestant au fil du temps au sein des expériences, au sein d’un laboratoire ou de plusieurs, et l’effet expérimentateur. En dépit des avertissements répétés d’aînés comme  Palmer et Tart, Bem déplore qu’il n’y ait pas encore d’approche systématique pour les intégrer dans la recherche.

 Dick Bierman est docteur en physique expérimentale issu de l’Université d’Amsterdam et son intérêt s’est déplacé vers les études de la conscience en général, la relation entre les processus conscients et non-conscient, et  la relation entre la conscience et les  mesures quantiques. James Spottiswoode est docteur en mathématiques qui fait des recherches expérimentales et théoriques sur la cognition anomale et le pressentiment ainsi que les corrélats physiques associés (par exemple l’effet du temps sidéral local). Selon eux, l’avenir de la parapsychologie peut partir dans deux directions.

Selon certains parapsychologues, la percée de la parapsychologie n’est qu’une question de temps  une expérience reproductible sera développée, le ganzfeld et les expériences sur le pressentiment, par exemple. Bierman et Spottiswoode conviennent que c’est un scénario possible. Pour ce faire, des facteurs qui sont considérés comme non pertinents dans la science conventionnelle, comme les espoirs et les attentes des expérimentateurs, doivent être spécifiés et il se pourrait que seuls certains  expérimentateurs spécifiques puissent trouver des corrélations anomales recherchées. Mais la science traditionnelle peut-elle l’accepter ?

Les deux chercheurs considèrent un autre scénario comme plus probable. Dans celui-ci, certains scientifiques pourraient observer une corrélation assez régulièrement anomale, mais ils ne réussiraient pas à l’utiliser. Ceci est prédit théoriquement à partir de théories allemandes comme la théorie quantique faible, dans laquelle les corrélations anomales sont considérées comme une métaphore des corrélations non-locales au sens quantique qui ne peuvent pas être utilisées pour la transmission de signaux classiques. Toute tentative d’essayer de les utiliser est un moyen de les ruiner. Les théories unifiées ont une certaine forme de « rétrocausalité » comme composante, qui pourrait rendre compte de la précognition. Depuis les théories observationnelles du psi, il est devenu clair que les apparentes simultanéités dans les expériences de télépathie et de voyance peuvent aussi être interprétées comme de la précognition du feed-back. Cela amènera vers la fin définitive de la métaphore sensorielle qui sévit dans la recherche sur le psi depuis le début de l’expérimentation, et qui nécessitait le traitement par le cerveau de quantités presque illimitées d’informations provenant de n’importe où et à tout moment. Dans un cadre rétrocausal, une discussion sur les impossibilités de boucles paradoxales du temps est nécessaire. Elle expliquerait  pourquoi le cumul de données dans le psi ne conduit pas à plus de certitudes. Bien que l’existence de l’effet de déclin et de l’effet de taille d’échantillon ne soient pas encore considérés comme acquis, de nombreux chercheurs ont mentionné le caractère élusif du psi.
En 25 ans, il faut s’attendre à ce que le choix entre les deux scénarios esquissés ci-dessus soit  effectué. Si la décision est en faveur du deuxième scénario, la recherche parapsychologique pourrait devenir la construction de variables dépendantes qui ne peuvent pas être utilisées simultanément par principe. Si cela ne réussit pas, seuls les développements théoriques de la physique qui pointent vers le réalité des phénomènes retrocausaux ou de symétrie du temps pourraient se traduire par l’acceptation du champ de la parapsychologie.